Est-ce que Batman est un gros réac ?

Publié le par Fanfreman

Oui ! Batman LE RETOUR … constatez comme je n'ai rien à raconter ces temps-ci pour en revenir une seconde fois à Batman après avoir pourtant déjà traité la tuerie d'Aurora. Je ne vous cache pas que cet article est pour les gus qui ont vu la trilogie, il ne contient pas masse de spoilers mais il en contient quand même.

 

tv_exploding-copie-1.jpgLe fait est que depuis le film est sorti et comme tout l'monde je l'ai vu et comme plein de gens (pas tous) je l'ai kiffé. Mais passons sur ce détail que d'aucun trouveront sans doute anodin pour nous concentrer sur la grosse polémique bien puante qui entoure le film.

Et cette polémique si vous le permettez et bien on va la déconstruire, parce que c'est pas tout de raconter n'importe quoi sur un film, on peut aussi raconter n'importe quoi sur le n'importe quoi que les gens racontent (et c'est beaucoup plus drôle).

 

BATMAN EST IL UN GROS RéAC ? (c'est ça la polémique en fait, comme l'indique le titre si vous l'avez pas lu).

 

Il importe de préciser que les Batman de Nolan ont tous fait polémique … le premier parce qu'il était considéré comme nul et fadasse par rapport aux adaptations précédentes (ce qui fait bien rire aujourd'hui quand on repense à toutes ces tartes à la crème filmiques bariolées ridicules des années 90, épisodes Burtoniens compris) , le second pour ses thématiques sombres et l'anomisme sado-maso du Joker incarné par un Heath Ledger complètement possédé (le seul cas avéré et filmé depuis « les maîtres fous » de Jean Rouch) et enfin le dernier parce qu'une bande de donneurs de leçons le pointe comme un film facho en pleurnichant.

 

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                                                                JE SUIS PAS UN REAC ! PUTAIN DE MARDE !

 

A la décharge de ces derniers et bien nous dirons simplement qu'ils ont raison … et que du reste on s'en tamponne pas mal. En effet et cela a été dit et redit et redit et redit et redit encore, la trilogie de Nolan, bien qu'elle brasse large dans la mythologie de Batman et réinvente/réinterprète ses thématiques, ses évènements, ses personnages (etc) s'inspire en très grande partie de l'œuvre de Frank Miller et de son Dark Knight chié dans les années 80 … pour qui n'est pas né de la dernière pluie les tomes de Miller, franchement sombres, dépeignent un Gotham complètement dystopique où les médias sont le véhicule d'une morale dominante bien pensante qui mélange allègrement les valeurs gentillettes voir religieuses et les propos fascistes voir carrément racistes (quoi de plus réaliste?) tandis qu'en parallèle les gangs anarchistes violent tiennent les rues.

Adam-West-Batman-wallpaper.jpgBruce Wayne, vieux blasé de droite mal aimé, reclus dans son manoir, rumine sur ce monde de merde en vieillissant comme un vieux pruneau et si vous ne l'aviez pas deviné, c'est un connard, mais quoi de plus logique dans un monde immorale comme le sien (qui ne donne pas trop envi de sourire ou de nourrir des idéaux plein d'espoirs).

Bref, ces Bds pourraient se contenter de dépeindre comme ça un monde de merde sans que personne ne fasse rien … ça s'appelerait a peu de choses prés « la réalité » … sauf que comme on est dans un comics, Wayne décide de se saper comme un travelo pour sortir la nuit et boxer les connards en tout genre.
Pas de conclusion simpliste, pas de « le héros contre le mal » , on ne parle pas d'un chevalier noir juste parce qu'il est encapuchonné comme une chauve-souris, Batman c'est « combattre le feu par le feu », le mal par le mal.

 

Ce thème n'a d'ailleurs rien de nouveau et ne provient absolument pas de la BD, sorte de forme d'art « dégénéré » pour les moralisateurs de tout poil, non non … Miller s'inspire en réalité des romans et films noirs et de tous leurs personnages de détectives pouilleux et gouailleurs dont la morale gîte sans cesse entre les mondes de la loi et du banditisme.

 

Batman-Adam-West-batman-5193248-1024-768.jpgAprès et bien qu'on se le dise, Bruce Wayne n'est pas un héros de Dashiell Hammett non plus, qu'on ne s'y trompe pas. Mais ces derniers ont inspiré le légendaire dessinateur Jack Kirby (et d'autres) qui a lui même très vraisemblablement inspiré Miller et qui n'est autre d'ailleurs que l'une des pierres angulaires de l'invention des super héros … preuve en est qu'un lien de parenté profond existe entre ces personnages et ceux des romans noirs.
Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que Miller en viendra très logiquement à l'adaptation du roman noir en bande dessinée avec Sin City … mais c'est une autre histoire.

Le batman de Nolan est-il donc une œuvre fascisante ? Et bien oui et non … cette question est-elle conne ? OUI tout court.
Au même titre qu'une assimilation du « seigneur des anneaux » à une œuvre nazifiante pro-aryens ou du 300 de Miller à une œuvre fasciste, raciste et va-t-en guerre, cette question ne fait en réalité que flatter la morale douteuse de puritains mal assumés qui croient malin de relever dans des œuvres culturels des détournements de valeurs et thématiques sujettes à polémiques quand en réalité ces mêmes personnes ne s'offusquent absolument pas de ce qui se passe dans le monde qui les entoure.

Iront-ils gueuler sur la NRA et la vente libre d'armes aux USA (bien plus responsable du massacre d'Aurora que les films et les jeux vidéos) ... iront-ils gueuler sur Georges W. Bush assassin génial au sommet de l'état qui envoit des troupes écraser des civils pour de fausses raisons ?

 

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Heureusement que certains films réveillent un instant leur conscience amorphe, les scandalisent, les font monter au créneau, parce que l'instant d'après ils s'en laissent quand même généralement conter par TF1 qui les nourri directement au bon lait réac. Au même titre aurait-on idée de traiter Pasolini de nazi avec son film Salo, certains diront alors que le film n'est pas aussi ambigüe et c'est par ce biais que nous entrerons dans la problématique « bêteman ».

cesar-romero-joker.jpgBêteman dark knight rises est ambigüe … enfin si l'on veut.

Le problème principal réside en cela que la révolution de Bane, pour qui respecte la commune et les idées révolutionnaires (c'est à dire pas Lorant Deutsch), a un petit quelque chose de vraiment fantasmagorique bien qu'elle soit menée par un maniaque et menaçante d'un discours sous-jacent qui contredit celui là même de la révolte (dans le fond ils veulent juste tout péter et pas instaurer un monde meilleur).

Je me permet de citer Nicolas Labarre qui dit du film et à ce sujet : "C'est un film profondément réactionnaire qui étale son conservatisme. Mais ce n'est pas un conservatisme radical. C'est plutôt un conservatisme qui glorifie l'ordre établi, qui, s'il n'est pas parfait, est préférable au chaos et aux alternatives révolutionnaires. L'univers mis en place par Bane ressemble presque à l'utopie promise où l'on vit heureux, mais est présenté comme un monde totalement chaotique avec une image grotesque de la justice."

 

C'est là l'objet réel des questions qui entourent le film, Batman est-il le défenseur de l'ordre établi "moins pire" qu'une tentative de créer un monde différent ... en un sens OUI mais il serait idiot d'oublier que lui-même lutte pour un monde meilleur, espoir gaché dans le second opus que les gens qui auront eu le bon sens d'avoir un regard transversal n'auront pas perdu de l'esprit. En effet, Harvey Dent présenté comme le White Knight dans le 2eme épisode est l'espoir déçu, la morale propre mise à mal, la réussite détruite gnagnagna ce vers quoi les personnages "bons" de la série tendent et qui, avec un cynisme confinant au désespoir, est montré comme voué à l'échec dans ce monde cruel et cela malgré de brillantes réussites.

Nolan présente la chose froidement, poussant le vice en faisant de la mort de Dent et de la mascarade qui l'entoure l'unique bémol dans la carrière du quasi irréprochable commissaire Gordon. Quand le bien "explose" il le fait comme un pavé jeté dans une mare de merde, en aspergeant tout l'monde avec des grummeaux puants.

 

joke.jpgPour en revenir au 3eme film et pour qui connait ses classiques de série B un parallèle évident peut-être établit entre Dark Knight Rises et la cultissime bilogie « Escape » de Carpenter « new york 97 » et « los angeles 2013 », ici c'est Manhattan/Gotham qui se voit changée en une cité forteresse géante au détail prés que ce ne sont pas les autorités qui conçoivent cette prison mais bien une révolte qui l'engendre … la nuance est plus mince qu'il n'y paraît puisqu'en un sens c'est aussi la contestation du pouvoir en place qui amène la création des cachots chez Carpenter. Dans les deux cas c'est un profond malaise sociétale qui est pointé du doigt, on notera d'ailleurs que chez Nolan les positions des héros eux même sont plus ambigües qu'on ne pourrait le croire.

Catwoman n'est pas vraiment contre la révolution … et Batman lui aussi ne manque pas de lâcher une phrase quelque peu ambigüe à ce sujet, passé un certain stade ce sont les méthodes et le méta-discours des mauvais qui les décrédibilisent, faisant de la vengeance une affaire presque personnelle.

Défendre la cité contre des occupants armés qui imposent leur loi par la force devient une question de principe et d'honneur humain, point sur lequel les personnages les plus à la botte du système (le flic qui fait chier Gordon) sont montrés comme inaptes et prompt à courber l'échine.

On pourra alors targuer que les héros ne se battent pas pour des valeurs justes puisqu'ils luttent pour remettre en place la société foireuse qui était la leur mais comme nous l'avons dis plus haut, Batman, Gordon et tous les autres sont aussi des exceptions qui luttent contre le système.

 

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                              Les vieux batman ils étaient vraiment ridi .... hé mais ... hé mais SEXY TIME YEAH !

 

healing-from-batman_robin1.jpgLa guerre ouverte ou la magouille ? Les utopies, les dystopies ? Qu'est-ce qui anime tout ça ? La ligue des ombres, l'anomie du joker, la révolte de Bane, toutes ces choses sont des formes de révoltes paroxystiques face à un monde « cocotte minute » qui menace d'éclater sans cesse, dans la quête de réalisme de Nolan les motivations des bad guys n'en sont que d'autant plus crédibles qu'elles résultent en effet de préoccupations proches des notres, rappelant que dans le fond nous sommes tous habités par le doute et luttons parfois contre nous-même pour accepter le monde « juste » qu'on nous impose. Ce type de carnages sont présentés comme finalement assez fatals (on dit fataux ?) et passé le 11 septembre si Nolan fait si bien mouche c'est aussi parce que derrière ces atrocités les spectateurs veulent à présent savoir le comment du pourquoi.
Aucun des trois épisodes ne manque de présenter la corruption omniprésente qui pousse les mauvais au carnage, aucun ne manque non plus de nous attirer pour eux une certaine sympathie quand ils malmènent les salauds, c'est un des ressorts important de la trilogie, on en viendrait presque à cautionner le mal avant qu'ils ne déconnent franchement et que les héros ne les arrètent.

Le super héros et le super vilain, comme cela a d'ailleurs toujours été le cas dans les comics, ne sont alors que les deux faces d'une même pièce, idée dont la caricature n'est que trop vite esquissée dans le deuxième opus au travers d'Harvey Dent quand il se change en l'étrange « double face » dont la notion de justice impliquait la possibilité d'un monde meilleur … une fois cette possibilité détruite (avec la mort injuste et arbitraire de sa nana) la bascule du bien vers le mal est franchie sans peine sur l'exacte et même base morale a un ou deux détails près. Comme quoi la différence est réellement infime.

 

westOn ne m'ôtera pas de l'idée que les doigts d'honneur du Joker, tant aux mafieux qu'aux représentants de l'ordre sont franchement mérités, idem pour le tribunal fantoche de la révolution de Bane. D'ailleurs à ce compte là et pour transposer à la réalité, je vous avoue que, comme d'autres, il m'a fallu du temps pour ne pas jouir quelque peu de la valeur symbolique des attentats du 11 septembre, drame humain que l'ont peut difficilement couper entièrement de son coté « YEAH ! IN YOUR FACE AMERICA !!! », la trilogie illustre d'ailleurs à merveille ce sentiment de gueule de bois après l'ivresse du FUCK originel. Je met au défi quiconque a vu le 3eme opus de me dire qu'il n'a pas apprécié voir l'un des salauds magouilleurs du début se faire juger par l'épouvantail avant de déchanter en voyant le même sort réservé à Gordon, un exemple typique de « revers de la médaille » pratiqué avec astuce par Nolan dont on ne pourra que saluer les efforts pour, contre ce que certains pensent, rester subtile tout du long.

 

Il y a un peu de bad guy et de good guy en chacun de nous et en réalité, bien souvent, les deux sont aussi discutables dans leur légitimité l'un que l'autre. C'était la morale pouet pouet du jour et sur ce je rappel que c'est aussi tout connement une belle trilogie de films "boum patatrak" puis moi aussi je vous fait un gros FUCK et vous souhaite une journée ALéATOIRE en terme de qualité.

 

Pour conclure, l'amicale des homophobes Québéquois vous propose une chanson de merde, un cadeau pour faire la promo d'un site que je déteste (follerie.com) et avec le webmaster duquel je me suis déjà engueulé jadis ... j'suis sympa de vous faire subir ça hein ? BEN OUAIS ! On dit merci qui ?


 

Publié dans VIE QUOTIDIENNE

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